Charles-Louis Philippe (1874 – 1909)

Fils d’un sabotier et d’une domestique, le futur écrivain, Charles-Louis Philippe, né à Cérilly, est baptisé Louis ; il a une jumelle, Louise.

Tout enfant, il manifeste des qualités intellectuelles qui le signalent aux enseignants.

De petite taille (1,53 m), il est atteint de tuberculose, et en garde la trace à la mâchoire, abîmée.

Comme premier de classe et boursier, il étudie les sciences en classe préparatoire à Moulins et n’est pas admis à Polytechnique ni à Centrale, car il se tourne avec passion vers la littérature grâce à un condisciple en lettres Marcel Ray, devenu son ami.

Il se retrouve à Cérilly, sans travail, décidé à rejoindre Paris. Dans cette sombre période, il rencontre Jean Giraudoux, son jeune voisin, futur écrivain et diplomate. Reçu à un modeste concours de la Préfecture de la Seine (Mairie de Paris), il s’installe dans la capitale. Il voulait écrire des poèmes symbolistes mais c’est dans la prose qu’il réussit.

Il prend le nom de Charles-Louis Philippe, rajoutant Charles (prénom de son père et de son parrain) à Louis. Il est apprécié de Gide et de Claudel ; il participera en 1908 à la création de la Nouvelle Revue Française (Gallimard, aujourd’hui). Il s’entourera d’amis fidèles au-delà de la mort : André Gide, Léon-Paul Fargue, Valéry Larbaud et Marguerite Audoux. Certains formeront le solide « groupe de Carnetin ».

A ses débuts, il écrit trois récits : Quatre histoire de pauvre amour, La Bonne Madeleine et la pauvre Marie, tous de facture très lyrique. Ils sont publiés à compte d’auteur dans plusieurs revues. Il écrira dans plus de 30 revues, souvent comme critique littéraire.

Un écrivain est en train de naître. Avec une voix insistante et singulière, il met en scène un souteneur, Bubu de Montparnasse, une jeune femme libre, Marie Donadieu qui fût sa maitresse, Croquignole, un employé de bureau avide d’indépendance.

Pour le journal « Le Matin », il écrira 49 contes.

Mais la « petite ville » (Cérilly) est au cœur d’autres ouvrages : , souvenirs d’enfance et de jeunesse auprès de « Maman », sa mère protectrice, telle « une citadelle »; Le Père Perdrix, son voisin forgeron; Charles Blanchard qui s’inspire de l’enfance de son père, œuvre inachevée.

Dans les Contes du matin, il s’inspire de la vie quotidienne des petites gens. Il rend visible des personnes « invisibles » avec leur vies minuscules.

Il meurt à 35 ans, le 21 décembre 1909, d’une méningite, malgré les soins d’Élie Faure, son ami médecin.

Avec le regard pénétrant du cœur, il fait vivre de modeste personnages; ainsi le peuple entre en littérature.

Esquisse d’un portrait de lui-même

Extrait d’une lettre à Maurice Barrès, du 11 novembre 1903.

Cher et grand ami,
Que vous dirais-je? Ma grand-mère était mendiante, mon père, qui était un enfant plein d’orgueil, a mendié lorsqu’il était trop jeune pour gagner son pain. J’appartiens à une génération qui n’est pas encore passé par les livres.
(…) il faut que je vous rappelle qu’il est en moi des vérités plus impérieuses que celles que vous appelez “les vérités françaises”. Vous séparez les nationalités, c’est ainsi que vous différenciez le monde, moi je sépare les classes.
Vous êtes plein de connaissances, votre style donne l’impression que vous dites exactement ce que vous avez voulu dire. Ceci n’est pas une banalité. Je me reporte à mon cas. Nous avons été murés comme de pauvres et, parfois, lorsque la Vie entrait chez nous elle portait un bâton. Nous n’avons eu comme ressource que de nous aimer les uns les autres. C’est pourquoi j’écris toujours plus tendre que ma tête ne le commande.
(…) je crois être en France le premier d’une race de pauvres qui soit allé dans les lettres. D’obscurs problèmes qui, pour vous autres n’existent même pas m’entourent et s’imposent. (…) Je vous envoie un petit livre qui s’appelle “La Mère et l’Enfant”. C’est à cause de votre fils Philippe. Je serais très heureux que vous le lisiez, puis que vous le mettiez dans la petite bibliothèque où sont les livres qu’il lira lorsqu’il sera grand. Cela lui rappellera qu’il y a d’autres petits enfants et que ceux-là mêmes son père a su les toucher.

Une notoriété hors du commun

En cette fin d'année 1909, à Paris, le monde des lettres est en deuil. Charles-Louis Philippe est mort : mort soudainement, le 21 décembre. Une typhoïde, puis une méningite l'a foudroyé.